Sarah Bernard-Louvet 2ème de l’Open A/5

Championne de France de la Montagne en 2017, Sarah Bernard-Louvet avait dû l’année suivante mettre un terme à sa carrière suite à un début d’incendie qui occasionnait d’importants dommages sur sa F3. La Lyonnaise faisait cette année son retour à la mi-saison. Et quel retour ! Puisqu’en l’espace de cinq courses elle remporte, avec sa Seat Léon Supercopa, deux victoires en Groupe A qui lui offrent une ’’médaille d’argent’’ sur le Challenge Open A/5, et par la suite une médaille de bronze sur les FIA Hill Climb Masters.

C’est en 2014 que Sarah Louvet disputait ses premières courses au volant d’une Mitjet. Une première saison composée de quatre épreuves qui lui permettaient de se familiariser avec les spécificités de la Course de Côte. L’année suivante elle poursuivait sa fulgurante progression au volant d’une Formule Renault, avec laquelle elle terminait la saison 2016 à la quatrième place d’un Challenge Open particulièrement disputée. Pour aborder la saison 2017, la Lyonnaise s’installait dans le baquet d’une Dallara F3 et connaissait une première consécration en coiffant la couronne de Championne de France.

Bien partie pour conserver son titre lors de la saison 2018, la campagne de France de Sarah connaitra un point d’arrêt définitif à Saint Gouëno où, un début d’incendie sur sa monoplace allait la contraindre à jeter l’éponge : « La voiture avait subi d’énormes dégâts et même si les assurances ont pris en charge une partie des sommes engagées, cela a entamé notre budget. Nous avons confié les réparations à David Guillaumard, mais nous n’avons pu finalement retrouver la voiture qu’en fin de saison. Nous avons alors voulu prendre le temps de la réflexion pour revenir dans les meilleures conditions. » Finalement la F3 était vendue fin 2018 et Sarah partait en quête d’une nouvelle monture : « Parce qu’en fait je n’ai jamais eu réellement l’intention d’arrêter, mais nous n’avons pas trouvé de solutions idéales. Sachant que nous avions pas mal de problèmes pour entretenir correctement la F3, nous voulions donc trouver une auto moins complexe mais aussi compétitive. » Pas simple quand on souhaite rester en monoplace, mais que celui avec qui vous partagez votre vie est un pilote confirmé en Production, et qu’il maitrise parfaitement l’entretien de ce type d’auto.

En effet, entre-temps, Sarah devenait Madame Bernard en convolant en justes noces avec Rémi Bernard. Elle profitait également de cette pause dans sa carrière sportive pour retrouver ses premières amours, les chevaux, en faisant de sa passion son métier en qualité de masseur équin… Le temps passant, la crise liée au Covid perturbant sérieusement les projets, l’éventuel retour de Sarah Bernard-Louvet était retardé. Mais Rémi, qui durant près d’une dizaine d’années à évoluer en Supercopa MK2 voyait bien le retour de Sarah au volant d’une Seat dont il connaissait le maniement : « Quand nous avons vu les performances réalisées par Francis Dosières avec la Supercopa MK3, nous avons pensé que c’était l’auto qui pouvait me convenir. De plus, je voulais impérativement évoluer dans un groupe où il y avait de la concurrence, histoire de pouvoir me jauger et progresser. » Et même si elle n’était pas spécialement motivée à l’idée de revenir en Production, Sarah se laissait convaincre après quelques tours effectués sur le circuit du Bourbonnais au volant de la Mégane R.S de son beau-père, Philippe Bernard.

Le retour en Supercopa MK3
« Après trois ans durant lesquels je n’ai absolument pas touché un volant, me retrouver dans l’habitacle d’une auto de course, avec les odeurs, les bruits, l’ambiance… Je savais alors qu’il fallait impérativement que je revienne », confie Sarah. C’est hors de nos frontières que Sarah et Rémi trouvaient leur Seat Léon Supercopa, une auto qui avait roulé en circuit et sur quelques courses de côte : « Nous l’avons eu courant juillet avec l’objectif d’être au départ du Mont-Dore. » Sarah avait donc juste le temps de faire une demi-journée de roulage au Bourbonnais avant de se rendre en Auvergne. « Alors qu’initialement je ne savais absolument pas si cette auto allait me convenir, j’ai rapidement trouvé mes marques. Après, il était évidemment clair que ce n’était absolument pas évident de revenir quand tu as roulé au sein d’un team important (la structure de Nicolas Schatz, ndr) et que nous décidions à présent de faire tout de nous-mêmes. »

Sarah Bernard-Louvet n’affichait donc aucune ambition à l’heure de débuter ce qui se présentait comme une demi-saison : « Si ce n’est de reprendre du plaisir à refaire des courses et à retrouver des sensations que j’avais oubliées depuis 3 ans. » Persuadée qu’elle allait faire de la figuration sur l’ascension qui mène au sommet du Col de la Croix Saint Robert, Sarah abordait le Mont-Dore sans pression.

On ne va pas se mentir, le retour de Sarah était accueilli par des sourires condescendants de la part de certains observateurs de la discipline, persuadés qu’après 3 ans d’absence, on allait retrouver le nom de la Championne 2017 dans les dernières lignes du classement de son groupe… Dès les premières montées du Mont-Dore, les sourires allaient rapidement s’estomper : « J’ai réellement passé un fabuleux week-end. J’étais impatiente d’aborder cette épreuve proche de chez nous. Ce n’était pas évident, d’autant que la pluie était au rendez-vous le samedi et que je n’avais jamais roulé sur le mouillé. L’accueil a été fantastique et en roulant sans pression je parviens à bien cerner la voiture dès les essais. Et dimanche, au fil des montées, je me suis senti très à l’aise au volant. Au final, le résultat est là sur la dernière montée », se souvient Sarah qui termine sur le podium de sa classe et remporte, comme elle le fera sur les épreuves suivantes, la Coupe des Dames en Production.

Il s’en est fallu de peu pour que le coup d’essais du Mont-Dore se transforme en coup de maitre à Chamrousse où, dès le samedi, Sarah Bernard-Louvet occupait à l’issue des essais la tête du groupe A : « J’avoue que je ne m’y attendais pas. Et bien évidemment ça met un peu de pression pour la première montée du dimanche matin. Finalement, je réalise un bon chrono, mais que je considère comme n’étant pas parfait parce que ’’j’en lâche’’ à un moment. » Pas excellent selon Sarah, mais suffisant pour installer sa Supercopa en tête du Groupe A. Elle décidait alors d’aborder la deuxième montée sur le même rythme : « Mais l’auto ne se comportait plus de la même manière, a priori j’avais cassé une pièce stabilisatrice à l’avant et je ne m’en étais pas rendu compte. A l’approche d’un freinage j’ai tiré droit et je ne pouvais pas me relancer. » Au départ de la troisième montée l’auto s’avérait à nouveau inconduisible et Sarah partait en tête-à-queue dans le premier gauche.

Deux succès de groupe pour conclure
Voiture réparée, Sarah Bernard-Louvet se rendait à Turckheim où elle allait confirmer de fort belle manière les excellentes prestations réalisées sur les épreuves précédentes. En Alsace, elle signait un premier succès en Groupe A, en terminant plus de trois secondes devant son premier poursuivant et en accrochant la huitième place des Productions : « J’abordais le week-end avec à l’esprit le souhait de faire non pas d’énormes performances, mais des montées propres. Les essais se sont bien passés, et je me souviens que Julien Paget avait réalisé d’excellents chronos. Je me suis dit qu’il serait impossible d’aller le chercher… Dimanche, Julien sort sur la première montée alors que je réalise un bon chrono. Par la suite, je n’ai fait qu’améliorer, et au départ de la dernière, m’élançant à la fin en étant dans le top 10 des essais, je connaissais les résultats de mes adversaires et je savais que la victoire m’était acquis. Je n’ai donc pas forcé la cadence. »

Huitième à Turckheim, c’est au cinquième rang que l’on retrouvera Sarah Bernard-Louvet à l’arrivée de Limonest où, là encore, elle s’impose en Groupe A : « C’est mon meilleur week-end de cette mini-saison. C’est à mon avis une de mes plus belles performances derrière un volant… Samedi, le fait de rouler sur un tracé proche de là où j’ai grandi me mettait un peu de pression, d’autant que ce parcours ne me convient pas réellement. J’avoue que j’étais larguée et qu’il me paraissait difficile de lutter le dimanche. Mais je suis repartie sans a priori, en estimant que j’en avais encore sous le pied et, surprise, je fais un chrono inattendu dès le matin. Par la suite je n’ai pas essayé de pousser plus fort et je me retrouve au deuxième rang. Et sur la dernière montée j’attaque un peu plus et je m’impose. Ce succès, sur un tracé qui ne me convient que modérément et tout aussi modérément à ma voiture, c’est un réel bonheur. »

Médaille de bronze face à l’élite européenne
En fin de saison, Sarah Bernard-Louvet sera du voyage à Braga avec quinze autres pilotes français qui allaient tenter de s’illustrer sur les FIA Hill Climb Masters. Il faut alors garder à l’esprit, qu’à l’heure d’aborder ce rendez-vous international, la pilote de la Supercopa était revenue à la compétition depuis seulement deux mois, après trois ans d’absence. C’est dire que signer une performance face à l’élite européenne paraissait improbable… Sarah l’a fait ! Elle repart du Portugal avec une médaille de bronze autour du cou après avoir placé sa Seat au troisième rang de la Catégorie 3 : « Je suis partie à Braga en me disant que la courte saison que je venais de vivre était extraordinaire, ne serait-ce que par le plaisir intense que j’avais eu à pouvoir rouler à nouveau. Donc là, c’était juste l’occasion de me faire plaisir, de connaitre ça au moins une fois dans ma vie. On voulait profiter pleinement de notre week-end, et c’est pour cela que j’ai choisi d’intégrer le Team Helium Racing qui prenait en charge ma voiture. Ils ont été hyper accueillants et hyper pros » confie Sarah.

Sans pression, sans réel objectif, Sarah voulait juste se comparer aux autres animateurs de sa catégorie : « Dès les essais, j’ai pris conscience que j’étais super à mon aise sur le tracé, et je termine à la deuxième place, ce qui me paraissait incroyable d’autant que devant il n’était pas question d’aller chercher la Mercedes de Reto Meisel et que je devançais le Britannique Damien Bradley dont je savais qu’il roulait fort. » A ce moment-là Sarah espérait donc terminer la journée de dimanche en conservant cette deuxième place : « J’y parviendrais à l’issue des deux premières manches, mais sur la dernière je commets une petite erreur sur des passages de vitesses et je ne parviens pas à améliorer. » Ce ne sera pas le cas de Damien Bradley qui chassait Sarah de la deuxième place. « Sur le moment je suis un peu déçue de louper cette médaille d’argent. Mais avec le recul, tu réalises que deux mois avant tu n’avais pas de voiture et que tu viens d’accrocher une médaille de bronze sur les FIA Masters » confie Sarah, seule pilote disposant d’une wild card qui repart du Portugal avec une médaille, et également la seule femme à monter sur un podium depuis la création de cette manifestation en 2014.

« Incroyable ! », C’est pour Sarah Bernard-Louvet le mot qui résume le mieux sa saison. « Incroyable parce que je n’aurais jamais pu croire en revenant au mois d’août, après trois ans d’absence, qu’avec une Supercopa MK3 que je découvrais, je puisse signer des victoires de groupe, pouvoir être acceptée aux FIA Hill Climb Masters, être accueillie par le Team Helium Racing, vivre un tel week-end et remporter une médaille de bronze… Non, c’est vraiment incroyable ! » reconnait Sarah qui termine sa courte saison de quatre épreuves à la deuxième place du Challenge Open A/5. « La saison fut courte, mais je pense que ce fut pour moi la plus belle tant j’étais heureuse de revenir et à mon aise derrière le volant de ma Seat. »

Cette saison de rêve a été rendue possible grâce à ceux qui l’ont soutenu et qu’à présent Sarah veut remercier : « Avant tout je veux remercier mon petit mari, Rémi, mais également Philippe Bernard mon beau-père qui nous a soutenu et aidé durant cette aventure, mon partenaire indéfectible Drakkar équipement et Millmatpro. Un immense merci au Team Helium Racing pour leur soutien et leur présence, merci à Steeve, Seb, Thomas et Mathieu que je remercie tout particulièrement. Merci également à tous les pilotes du groupe A qui m’ont réservé un accueil chaleureux ainsi que tous les pilotes évoluant en Production. Je n’oublie pas mon petit papa (Jean-Jacques Louvet), toute la colonie française présente à Braga, les membres de tous les teams. Merci à Marie Cammares, Mc Design pour son travail sur la voiture ainsi que son soutien, Alain et Sandrine Perraud pour leur amitié et leur éternelle gentillesse et bonne humeur, et un grand merci à nos amis de pilotes TV ainsi qu’à Nicolas Millet de si bien immortaliser chacun de nos week-end de course. »

Une question bruisse dans l’univers du Championnat de France de la Montagne depuis la fin de la saison, « que va faire Sarah Bernard-Louvet en 2022 ? » Pour l’heure, la principale intéressée n’est pas totalement en mesure d’y répondre, car si elle a la certitude de disputer l’ensemble des manches du championnat, auxquelles viendraient s’adjoindre quelques épreuves européennes, elle ne sait pas encore au volant de quelle voiture : « Je ne désespère pas de changer de voiture, mais sans savoir vers quoi me tourner. Nous étudions toute les options, d’un point de vue financier et sportif. Je peux repartir avec la Supercopa, où opter pour une plus grosse auto, toujours en Production, où alors me tourner vers le Championnat Sport, tout est ouvert ! » Une certitude, quelle que soit la série – Sport ou Production – dans laquelle s’élancera Sarah, elle sera à n’en pas douter une des prétendantes au titre de Championne de France.


Propos recueillis par Bruno Valette ©

 

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