
Pour sa première saison sur le CFM en 2025, Quentin Ruch découvrait le maniement de sa Ligier JS51 et la plupart des tracés des épreuves du championnat. Une saison de découverte qui lui permettra d’engranger un maximum d’expérience et de faire une belle progression.
Durant les années 70 et 80, les parents de Quentin Ruch ont eu avant lui l’occasion de goûter à la compétition automobile. Patrick Ruch, le père de Quentin, s’est confronté à de nombreux tracés de courses de côte mais également à de nombreuses spéciales de rallyes. Durant cette période Patrick Ruch a pu s’exprimer aux volants de voitures très diverses. Après des débuts en rallye / navigation avec une Citroën 2 CV, il s’est installé derrière le volant d’une 4 chevaux qui a précédé une Simca Rallye II. Une Simca 1000 avec laquelle il a à son actif des participations à de nombreuses courses de côte de l’Est de la France et des apparitions sur des manches du Championnat de France de la Montagne telles que le Mont-Dore ou Vuillafans.
Patrick Ruch poursuivra sa carrière sportive avec une BMW 2002 groupe 2 avec laquelle il se partagera entre rallyes et courses de côte. Lors de ces deux dernières saisons, en 1984 et 1985, il animera la Coupe Peugeot Talbot Sport au volant d’une Peugeot 205 GTI… Dorothée, la maman de Quentin, officiera quant à elle en qualité de copilote sur de nombreux rallyes. Autant dire que les discussions chez les Ruch tournaient fréquemment autour du sport auto. Rien de surprenant donc que, dès l’âge de dix ans, Quentin se retrouve derrière le volant d’un Kart.
Entre 2003 et 2014 Quentin Ruch aura l’opportunité de courir dans les diverses catégories que compte le karting et il terminera son implication avec un kart 125 cm3 à boîte de vitesses. Durant cette période, le jeune alsacien inscrivait à son palmarès deux titres de Champion de ligue Lorraine-Alsace à l’issue des saisons 2007 et 2008. Il figurera même dans le top 5 du Championnat de France et sera à plusieurs reprises Vice-champion de Ligue. Ses performances en kart lui assureront de prendre part à une finale mondiale en X30 sur le circuit de Lavelanet : « La compétition me permettra d’affronter des pilotes tels que Paul-Loup Chatin, Yohan Rossel, Thomas Laurent, Joffrey De Narda, qui par la suite mèneront une carrière professionnelle », se souvient Quentin.
Si par manque de budget Quentin Ruch n’a pas accédé au niveau professionnel, il démontrera son esprit de compétition dans d’autres domaines, en s’adonnant notamment au triathlon : « Lorsque j’ai arrêté le karting je me suis donné à fond sur le triathlon et j’ai loupé de peu ma qualification pour le Championnat d’Europe dans la catégorie amateur. »
Quand il se lance dans un projet, Quentin Ruch confie qu’il le fait à fond, en s’investissant pleinement, et c’est avec cet esprit qu’en 2019 il décidait de s’essayer à la course de côte : « J’ai pris un titre de participation à la journée et j’ai loué, à la famille Lanthermann, une Peugeot 106 évoluant en N/1 pour prendre part à la Course de Côte de Steige. En venant du circuit je voulais savoir quel était le ressenti en côte. L’expérience était sympa mais la petite Peugeot offre tout de même des sensations limitées. J’avoue avoir énormément apprécié l’ambiance qui règne sur cette discipline, ambiance que l’on ne retrouve pas vraiment en circuit. »
Quentin partait alors en quête d’une voiture pour poursuivre son implication en course de côte : « J’ai testé une Formule Renault sur le circuit du Rhin avec l’équipe du Hélium Racing, mais la monoplace ne m’attirait pas outre mesure. Et en 2023 je voulais essayer un Proto CM, et je me suis tourné vers Maxime Dojat pour louer un TracKing avec lequel je me suis engagé à La Broque. » La découverte du TracKing et du tracé alsacien nécessitera un temps d’adaptation, mais rapidement Quentin prenait la mesure de la voiture et par la même occasion beaucoup de plaisir en améliorant ses chronos tout au long du week-end.
Afin de poursuivre son investissement en course de côte, Quentin Ruch recherchait une voiture qui pouvait lui convenir. Et c’est durant l’été 2024 qu’il trouvera une Ligier JS51 : « Le choix a été dicté d’une part parce que la Ligier est une auto abordable, et que de plus, durant mes années de karting, j’ai toujours porté mes choix sur des marques qui n’étaient pas prisées par les autres pilotes mais avec lesquelles je parvenais à être performant. Donc la Ligier n’était pas un choix illogique, même si j’étais conscient qu’il allait falloir beaucoup bosser sur l’auto. »
La seconde partie de l’année 2024 sera consacrée à la préparation de la Ligier avec laquelle Quentin se rendait sur le circuit de Chambley pour vérifier que tout fonctionnait : « J’ai fait une vingtaine de tours avec des pneus très vieillissants. Les conditions n’étaient pas idéales mais cela m’a permis d’avoir une idée précise des domaines sur lesquels nous allions devoir travailler. »
A la découverte du championnat !
Compétiteur dans l’âme, Quentin Ruch souhaitait pour sa vraie première saison en course de côte défier les meilleurs pilotes de la discipline et se confronter à des tracés longs et prestigieux : « C’est pour cela que j’ai pris la décision de m’engager sur le championnat. » Côté objectif, l’Alsacien voulait avant tout apprendre, tant l’auto que les tracés : « Et puis je me retrouvais face à des pilotes qui avaient déjà une vraie expérience : Yohan (Bardin) avec la Formule Renault, Jennifer (La Monica) avec la Supercopa, et ne parlons pas de Didier (Chaumont) qui bénéficie d’une immense expérience. Donc pour moi parvenir à m’approcher du podium pouvait être considéré comme une réussite. »

C’est sur la Course de Côte d’Abreschviller que Quentin Ruch débutait sa campagne de France. Des débuts compliqués avec une Ligier qui laissait apparaitre quelques lacune côté mécanique : « Je n’ai pas pu m’aligner sur la première montée d’essais à cause d’une surchauffe moteur et un souci d’alternateur. Sur la seconde montée d’essais je dois avouer que sur la partie rapide j’ai trouvé que ça allait vraiment vite pour une toute première expérience. Mais je suis parvenu à améliorer mes chronos tout au long du week-end, ce qui est finalement positif. »
Dans la foulée, Quentin se rendait à l’Ormont sur une épreuve régionale qui allait lui laisser de bons souvenirs : « Là j’ai vraiment eu le sentiment de parvenir à exploiter la voiture. Je parviens à comprendre deux ou trois choses et la progression a été plus importante que sur Abreschviller. C’est une participation qui me satisfait pleinement. »
Quentin retrouvait par la suite un tracé qu’il avait déjà eu l’occasion d’affronter, celui de la Course de Côte de Steige. Mais sa participation se limitera à une seule montée de course : « Lors de la première montée d’essais je n’avais aucune sensation, la voiture glissait dans tous les sens. A l’heure de me rendre sur la première montée de course, la voiture a refusé de démarrer. On a cherché pendant un moment, mais sans vraiment parvenir à trouver l’origine de la panne et si je parviens à être au départ de la troisième montée, c’est avec une voiture en ''mode dégradé''. Au final je réalise un chrono six secondes plus lent que lors des essais. Un week-end à oublier. »
Avant de poursuivre sa campagne de France, Quentin Ruch s’attelait à réparer sa Ligier JS51 avant de se rendre sur le circuit de Mirecourt pour tester son proto : « J’ai pu boucler près de deux cents kilomètres et ça m’a permis de voir que tout fonctionnait mais également de mieux comprendre la voiture et de me mettre en confiance. »
On retrouvait ensuite Quentin dans le Beaujolais pour une découverte du tracé de Marchampt : « J’avais pu découvrir Marchampt en spectateur et je savais à peu près à quoi m’attendre. J’appréhendais un peu la vitesse et beaucoup l’épingle du départ avec une voiture qui a un énorme rayon de braquage. Finalement je parviens à passer très limite. Après il est clair que ça va vite, mais cette participation nous aura permis, comme j’avais la voiture mieux en mains, d’essayer différentes choses. C’est donc positif puisque dimanche je commence à améliorer correctement mes chronos », confie Quentin qui termine au pied du podium de la classe CN/2.
C’est à nouveau à la quatrième place que l’on retrouvera Quentin Ruch à l’arrivée de Vuillafans, un week-end qui se résumera à deux montées de courses : « Je casse un cardan sur la troisième montée de course, mais nous commettons une erreur lors du remontage et je serai victime d’une nouvelle casse ce qui m’a empêché d’être au départ de la dernière », explique l’Alsacien. « J’avais comme objectif un chrono en 2'09'' qui, si j’avais pu réellement défendre mes chances, était réalisable. Mais sur un tracé comme celui de Vuillafans avec de nombreuses relances et un dénivelé important, la Ligier est pénalisée. »
Ce que Quentin Ruch ignorait c’est que sa Ligier souffrait d’un réel handicap, le poids. Handicap qui sera décelé lors d’une pesée sur la Course de Côte de La Broque : « La voiture affichait un excédent de 70 kilos, c’est énorme. Fin 2024 j’avais énormément bossé pour parvenir moi-même à perdre tu poids et j’avais dû perdre seize kilos. Mais si moi j’étais plus léger, la voiture restait très lourde. En début de saison j’avais encore perdu du poids mais lors des vérifications de La Broque on constate qu’il y a 70 kilos de trop. »

Dans ces conditions, Quentin ne pouvait pas s’attendre réaliser des merveilles sur l’épreuve alsacienne et avoue qu’il est resté sur sa faim : « Je suis moyennement satisfait. Difficile de se mettre en valeur avec un tel poids excédentaire, d’autant que là encore le dénivelé est important et que les relances sont nombreuses. J’ai pour habitude de reconnaitre les tracés au moins une fois à vélo, et là on prend conscience du pourcentage de dénivelé. »
Le programme de Quentin Ruch se poursuivra sur une épreuve régionale, la Course de Côte du Mont de Fourche, que l’Alsacien abordait comme une journée d’essais grandeur nature afin de préparer le Mont-Dore : « On a bien pu travailler, on a assoupli le châssis, testé différents réglages. Donc le chrono importait peu », confie Quentin qui par la suite allait affronter pour la première fois l’ascension qui mène au sommet de la Croix Saint Robert à l’occasion de la 65ème édition du Mont-Dore : « Mon père avait eu l’occasion de participer au Mont-Dore et avait de fabuleux souvenirs, j’étais donc impatient de découvrir cette épreuve. C’est un gros morceaux à mémoriser et j’ai beaucoup travaillé sur simulateur ce qui permet au moins d’avoir le bon ordre des virages », explique Quentin. « J’avoue que c’était compliqué au début mais finalement j’ai bien apprécié avec du rapide sur le bas, une portion plus lente en milieu de parcours et à nouveau du rapide sur le final. Avec une excellente météo, une fabuleuse ambiance et un chrono au-dessus de mes espérances, ça restera un de mes meilleurs souvenirs de la saison. »
Tout pilote alsacien qui se respecte espère livrer une belle prestation à Turckheim. Mais sur son épreuve à domicile, Quentin Ruch n’allait malheureusement pas être en mesure de rejoindre l’arrivée : « C’est la première course à laquelle j’ai assisté en spectateur quand j’étais gamin. A l’occasion de cette édition 2025 mon frère Guillaume avait loué une Porsche 991.2 GT3 Cup et nous avions bon espoir de prendre énormément de plaisir parce que cela faisait onze ans que nous n’avions plus figuré sur la même liste d’engagés », rappelle Quentin. « Je découvre le tracé en course sur la première montée d’essais et sur la seconde, je pars à la faute en étant un peu optimiste sur une courbe. » La Ligier heurtait le rail et se retrouvait bloquées dessous : « J’arrache une roue, et je pensais m’être fait une entorse de la main, mais finalement j’avais une luxation au niveau d’un doigt. Le week-end se termine sur une énorme déception », reconnait Quentin qui pour l’occasion présentait au départ une auto qui avait subi une cure et perdu 24 kilos.
Difficultés mais bilan positif
Pour sa découverte du Championnat de France de la Montagne, Quentin Ruch ne disposait pas d’une voiture optimisée. L’Alsacien parviendra malgré tout de même à tirer son épingle du jeu et estime que le bilan est largement positif : « J’ai dû composer l’essentiel de la saison avec une voiture qui affichait non seulement un excès conséquent de poids, mais également un déficit de puissance comme nous pourrons nous en rendre compte en fin d’année en la passant au banc », explique Quentin. « Le Challenge Open CN/2 était relevé et je me rends compte que je ne suis pas largué avec une auto moins performante que les autres mais qui m’a donné énormément de plaisir sur les tracés. Et puis j’ai vraiment adoré cette ambiance géniale qui règne en course de côte et les montées d’adrénaline que l’on peut prendre sur les tracés du championnat. Ce fut une très belle expérience. »

C’est vers les membres de sa famille que vont les premiers remerciements de Quentin Ruch à l’heure de conclure sa première saison sur le CFM : « Un immense merci à mon frère Guillaume, nous avons acheté la voiture tous les deux et finalement il n’y a que moi qui ai roulé avec. Immense merci également à mon père qui m’a suivi sur toutes les épreuves, ainsi que ma mécanicienne Oranne qui a été là durant l’intersaison pour la préparation de la voiture ainsi que sur toutes les épreuves. Elle a fait un boulot exemplaire qui m’a mis en confiance tout au long de la saison. Merci à Serge qui a transporté la voiture en début de saison et à mon partenaire LPDV suspension pour ses conseils et la révision des suspensions. »
Lors de la sortie de route à Turckheim, la Ligier JS51 a subi des dégâts importants et Quentin doit pour l’heure trouver le budget pour finaliser les réparations : « De ce fait il est clair que je ne serai pas au départ du championnat cette saison. J’ai eu du mal à trouver les pièces que je suis parvenu à réunir. Maintenant il va falloir réparer », explique Quentin. « J’espère pouvoir me relancer sur quelques épreuves avant la fin de l’année. Le souhait c’est d’être à nouveau au départ en 2027 et de boucler un Challenge Open, ce que je ne suis pas parvenu à faire cette année » conclut Quentin que l’on devrait rapidement retrouver sur les manches du CFM.
©Bruno Valette
www.ffsamontagne.org / www.cfm-challenge.com
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