
Avec une Formule Renault en manque de préparation et des pneumatiques en fin de vie, Antonin Saintmard a défendu au mieux ses chances durant une saison 2025 où régularité s’est conjuguée avec solidarité avec ses adversaires.
A l’évocation du nom de Saintmard les sourires s’affichent sur les visages des acteurs de la course de côte. Ce nom résonne en effet depuis des décennies comme un synonyme d’entraide, de bienveillance, de sportivité. Gilles Saintmard, le père d’Antonin, fut un animateur assidu des épreuves du Championnat de France et, durant son long parcours qui a débuté dans les années 80, Gilles aura l’occasion de tisser des liens forts avec de nombreux pilotes avec qui il a eu l’occasion d’en découdre, mais également de s’apporter une mutuelle entraide.
Une philosophie de la course que Gilles n’a pas manqué de transmettre à son fils Antonin. Le jeune Belge, qui a fait ses débuts en 2021, année de ses 21 ans, a depuis eu l’occasion de faire montre d’un esprit sportif particulièrement apprécié par ses adversaires.
Si sa toute première course de côte avait pour cadre sa Belgique natale, Antonin Saintmard ne tardait pas à faire son apparition sur les manches du Championnat de France de la Montagne. Dans la continuité de son père qui a fait l’essentiel de sa carrière en monoplace, Antonin s’engageait sur le championnat dès 2022 au volant d’une Formule Renault. Depuis il est resté fidèle à la catégorie DE/7 et a eu l’occasion d’accrocher en 2023 la podium du Challenge Open de cette classe.
Antonin, qui n’est pas du genre à vouloir griller les étapes, poursuit sa progression au fil des saisons. Pour la saison 2025, on retrouvait donc le jeune Belge au départ d’une campagne de France durant laquelle il sera au départ de onze des douze manches inscrites au calendrier du championnat. Et pour cette nouvelle campagne Antonin restait fidèle à la Formule Renault : « Après la sortie de route dont j’avais été victime sur le Mont-Dore la saison dernière, j’estimais que je n’étais pas encore au bout de la voiture. Dans mon esprit il n’est pas judicieux de changer de monture tant que l’on est pas parvenu à l’exploiter pleinement. Et puis compte tenu des budgets nécessaires pour les réparations que j’avais dû effectuer, je ne pouvais pas me permettre de changer de voiture », analyse Antonin.
Les frais engendrés par cet accident de parcours obligeaient Antonin Saintmard a travailler d’arrache-pied durant la pause hivernale afin de se refaire une santé financière : « Et de ce fait nous n’avons pas eu le temps de nous pencher sur la voiture, je l’ai dont retrouvé telle qu’elle était à la fin de la saison 2024. Je comprendrai très rapidement que mon implication dans le boulot et le manque de travail réalisé sur la voiture allait me pénaliser. Mais je n’avais pas vraiment d’autre choix. »
Face au manque de temps pour préparer correctement son implication sur le championnat, Antonin aurait pu faire le choix d’une année sabbatique et attendre 2026 pour se relancer sur le CFM, « mais je savais que, même si il me serait difficile cette année de concurrencer dans un Challenge Open où nous étions nombreux, pour acquérir de l’expérience je me devais de ne pas louper cette saison », estime le jeune Belge. « Je garde également à l’esprit qu’à l’époque où mon père courrait, on pouvait se permettre de faire l’impasse sur plusieurs saisons et revenir par la suite. Aujourd’hui, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, et il vaut mieux profiter de la possibilité qui nous est offerte de courir. Il faut prendre tout ce que l’on peut prendre. »
Budget et préparation limités pour cette saison 2025
Si plusieurs des animateurs de la classe DE/7 en 2024 avait décidé de partir vers d’autres horizons, plusieurs jeunes pilotes venaient cette saison grossir les rangs du Challenge Open dédié aux Formule Renault : « Je ne savais pas quel serait le niveau de mes nouveaux adversaires, j’allais le découvrir et j’étais content de pouvoir rivaliser avec des pilotes de ma génération. Mais je n’avais pas d’objectif particulier en termes de résultats, d’autant qu’en début d’année ma voiture n’était pas réellement prête et que j’ignorais si je disposerais du budget pour boucler ma saison. »
Trois semaines avant que ne soit donné la coup d’envoi du championnat, Antonin Saintmard ne disposait pas de camion pour transporter sa monoplace : « La voiture n’était toujours pas prête, il a fallu racheter un camion à la dernière minute, il a fallu que je rachète également pas mal de pièces qui me manquaient et vraiment on est parti pour Bagnols-sur-Cèze au dernier moment et sans savoir réellement ce que nous pourrions faire sur cette épreuve. » Rien d’étonnant donc à ce qu’Antonin soit dans l’obligation durant ce premier week-end gardois de devoir revoir les réglages de sa voiture : « Nous avons dû composer avec deux ou trois pannes, notamment électroniques, qui nous ont pénalisé. Ce fut plus une séance d’essais grandeur nature qu’une véritable course pour moi. Je suis déjà content d’être à l’arrivée. »

En manque de temps durant l’intersaison, Antonin avait confié sa monoplace à un préparateur qu’il ne connaissait pas auparavant et qui prenait en charge la mise au point de la Formule Renault : « Mais dès les premiers tours de roues à Sabran j’ai compris que le set-up ne me convenait absolument pas. » Durant la semaine qui séparait Bagnols-Sabran du Col Saint-Pierre, Antonin restait dans le Gard : « Ça m’a permis de me reposer, de modifier certains réglages de l’auto et d’énormément reconnaitre le Saint-Pierre avec le papa de Yohan Rossel qui a une parfaite connaissance du tracé. Je me suis dit que si l’auto n’était pas réellement compétitive, j’allais essayer de combler le manque de performance par une parfaite connaissance du tracé. J’ai déjà fait trois fois le Col Saint-Pierre donc je commence à avoir mes marques. »
La journée du samedi, sous le soleil, se déroulait sans encombre pour Antonin : « Mais dimanche, sous la pluie c’était très compliqué. Je n’aime pas la pluie, et avec une voiture dont les réglages laissent à désirer, ce fut vraiment un carnage pour moi », confie Antonin. « Finalement j’étais bien content que la course soit neutralisée. »
Pour les pilotes belges, Abreschviller est un rendez-vous important, un des plus près du ''Plat Pays'', et Antonin était enthousiaste à l’idée de retrouver le tracé mosellan : « Entre Saint-Jean-du-Gard et Abreschviller on a passé nos soirées et une grande partie de nos nuits à travailler sur la voiture, parce que j’avais vraiment le sentiment que son comportement était dangereux. Initialement j’avais prévu de faire l’impasse sur Abreschviller et son tracé très rapide, mais finalement après avoir trouvé des réglages qui me semblaient adaptés, nous avons décidé de nous rendre en Moselle. » Samedi, tout se déroulait pour le mieux, « et j’ai pu retrouver de bonnes sensations même si ce n’est pas évident sur le rapide. Dans la tête c’était nettement mieux, j’avais le sentiment d’aller vite, mais les autres étaient plus rapides que moi », commente Antonin qui à l’issue du week-end se positionnait au cinquième rang de sa classe.
Antonin Saintmard compte parmi les pilotes qui apprécient tout particulièrement le tracé spécifique des Teurses d’Hébécrevon – Agneaux, et l’épreuve normande allait lui offrir de belles satisfactions : « L’an dernier j’avais terminé deuxième des Formule Renault et je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à faire cette année. Je reconnais que nous avons eu la chance dans notre classe de passer entre les gouttes durant ce week-end pluvieux. Finalement je me classe troisième et surtout je remporte la Coupe du Meilleur Jeune en Sport. C’est toujours sympa de monter sur le podium du championnat, d’autant que je n’avais pas fait attention au classement des moins de 25 ans et que j’ai appris à l’issue de la dernière montée que je remportais la coupe. »
En 2023, Antonin Saintmard s’était imposé en tête des Formule Renault à La Pommeraye. L’édition 2025 lui laissera également de bons souvenirs même si le pilote Belge estime qu’il aurait pu faire mieux : « J’apprécie ce tracé, mais je n’avais pas les bons pneus pour pouvoir correctement défendre mes chances. Ça allait sur le bas du parcours, mais ça chauffait exagérément sur le haut ce qui rendait la course compliquée. Après j’avoue que mes adversaires sont allés vraiment très vite, ils m’ont impressionné, mais j’ai passé un excellent week-end en Anjou. »
Réputé pour leur humilité et leur esprit sportif, les pilotes belges qui évoluent sur le Championnat de France de la Montagne ont également la réputation de ne pas être les derniers pour faire la fête. Saint Gouëno est donc pour eux, comme pour les pilotes Britanniques, un rendez-vous attendu : « Il est clair que l’on ne s’est pas privé de partager de très bons moments », sourit Antonin. « Même si je suis très loin de mes bases, en Bretagne je suis un peu comme à la maison. J’ai passé un super week-end, malgré les nombreuses sorties de route dont ont été victimes nos adversaires. On a passé plus de temps à réparer leurs voitures qu’à s’occuper de la mienne, mais c’est le jeu », confie Antonin pour qui l’esprit sportif reste la priorité. « Mon seul regret c’est une petite touchette sur la dernière montée qui me fait perdre quelques précieux dixièmes, mais pour le reste enchanté de mon week-end. »
A l’issue d’une campagne de l’Ouest qui lui laissera une nouvelle fois d’excellents souvenirs, Antonin Saintmard était tout heureux de retrouver la Course de Côte de Marchampt : « C’est sympa de se retrouver chez Coco (Corinne Beffy, la présidente de l’ASA Beaujolais, Ndr), l’organisation était vraiment au top. Je suis arrivée le jeudi, j’ai bien reconnu avec Sarah Bernard-Louvet, Stéphane Maréchal et Kevin Nouhen. Même si c’est Romain (Pezot) qui s’impose, je savais que sur ses terres Flavien (Rognon) allait être intouchable. Je savais aussi que les autres allaient rouler fort, et je m’attendais donc à terminer à des années lumières. J’espérais réaliser quelques bons chronos, mais il faisait vraiment chaud et les pneus étaient à l’agonie. Malgré tout, même si sur le haut je n’avais plus de pneus, je m’en sors pas trop mal. »

La Course de Côte de Vuillafans débutait pour le mieux pour Antonin Saintmard avant que dimanche matin il connaisse une petite déconvenue : « Sur la première montée du dimanche je me suis élancé avant d’être arrêté au drapeau rouge. Je suis redescendu, j’ai attendu un bon moment avant de pouvoir me relancer avec des pneus qui n’en pouvaient plus, et après la parabolique j’ai fait un tête-à-queue, heureusement sans conséquence puisque je n’ai rien touché. Finalement j’ai nettoyé correctement mes pneumatiques pour la suite et la dernière ascension n’était pas trop mal », se souvient Antonin.
Des contraintes professionnelles obligeaient cette année Antonin Saintmard à faire l’impasse sur la Course de Côte de Dunières : « C’est pas ma préférée, mais j’ai eu l’occasion de performer sur cette épreuve lors des dernières éditions et je regrette de ne pas avoir pu y aller. » On retrouvait donc le jeune Belge sur la seconde manche auvergnate, la Course de Côte du Mont-Dore : « J’avais toujours en tête la grosse sortie de route de la dernière édition et j’avais donc une certaine appréhension à l’heure de retrouver cette épreuve », reconnait Antonin. « J’ai beaucoup reconnu mais le samedi j’étais vraiment sur un rythme hyper prudent. Dimanche je me suis lâché mais c’était trop tard par rapport aux autres qui avaient déjà pris de l’avance. La chaleur n’a pas aidé, et même si j’avais retrouvé quatre pneus d’occasions, ce n’était pas idéal pour affronter ce long tracé. »
La Belgique compte de nombreux passionnés de courses de côte qui n’hésitent pas au mois de septembre à se rendre à Turckheim. Antonin apprécie donc particulièrement ce rendez-vous : « Ma famille, de nombreux amis et mes partenaires étaient présents et c’était donc super sympa. Compte tenu de mon classement à deux manches de la fin de saison, je n’avais pas de raison de me mettre la pression et j’ai abordé cette épreuve l’esprit serein. Je me suis fait réellement plaisir, même si la course est compliquée et que le tracé a tendance à se dégrader. Et puis quand j’ai vu la sortie de Flavien (Rognon) samedi, ça m’a bien stoppé dans mon élan et j’ai préféré poursuivre sur un rythme prudent face à Romain Pezot, Stéphane Maréchal, Nicolas Weisbecker ou Kevin Nouhen qui sont allés très vite sur cette épreuve. »
A Turckheim, Antonin Saintmard ne faisait pas de sa course sa priorité. Son attention était en effet portée sur un autre pilote Belge, Corentin Starck, qui allait signer en terre alsacienne un deuxième succès après celui obtenu en 2022 : « Coco m’a piqué mon mécano pour terminer sa course, ce que je trouvais tout à fait normal car il jouait nettement plus que moi sur cette épreuve. Je me suis également attelé à lui nettoyer les pneus et l’aider de mon mieux pour qu’il puisse aller chercher cette victoire qui nous a donné l’occasion de faire la fête. »
La saison d’Antonin Saintmard se terminait à Limonest où, sous la pluie, le Belge venait chercher une quatrième place dans la classe DE/7 : « Samedi j’avoue avoir été vite découragé par la pluie et je me suis dit que je n’avais rien à gagner. Finalement, avec le recul, j’aurais dû mettre plus de gaz parce que j’aurais pu signer un meilleur résultat. Sur la dernière montée quand j’ai vu Kevin (Dauga) et Stéphane (Maréchal) se chauffaient amicalement, je me suis dit que ça allait partir à la faute. J’ai pensé qu’il ne fallait pas prendre de risque, je sentais qu’ils étaient beaucoup trop chauds. Finalement Stéphane sort et c’est vraiment dommage, mais la voiture n’avait pas trop de mal. Quant à moi j’ai terminé ce dernier week-end calmement. »
Une saison finalement satisfaisante
Avec une auto en manque de préparation, Antonin Saintmard, qui a fêté ses 23 ans au mois d’octobre, considère qu’il ne pouvait faire mieux cette année que de poursuivre son apprentissage. Sa saison sera exemplaire puisque le jeune Belge sera à l’arrivée de chacune des épreuves : « Compte tenu des conditions avec lesquelles nous avons dû composer – voiture pas préparée et énormément de boulot entre les épreuves – le résultat final ne peux que me convenir », estime Antonin qui termine au sixième rang du Challenge Open DE/7. « Je voulais avant tout terminer toutes les courses, ne pas casser un seul boulon sur la voiture, et compte tenu de la concurrence que l’on retrouvait cette année dans le Challenge Open je ne peux être que satisfait de ma saison. »

On l’a dit, lorsque l’on évoque le nom des Saintmard dans les paddocks, de nombreux pilotes affichent un sourire de reconnaissance envers Gilles et son fiston Antonin. Il est vrai qu’à plusieurs reprises ils ont aidé leurs adversaires, n’ont jamais hésité à prêter des pièces pour réparer après une casse ou une sortie de route. Une approche sportive qui semble toute naturelle pour le jeune Antonin : « J’ai grandi dans cet univers de la course de côte, j’ai pu voir mon père bénéficier de l’aide d’autres pilotes et leur venir en aide quand ils en avaient besoin. J’ai le souvenir d’une grosse sortie de route de mon père sur le Col Saint-Pierre et de la solidarité de nombreux pilotes qui lui sont venus en aide pour qu’il puisse repartir. J’ai vu mon père passer des pièces ou bénéficier de pièces de Thierry Bertin ou Didier Chaumont alors qu’il se battait contre eux… L’entraide fait partie intégrante de mon éducation et c’est ce qui fait la philosophie de notre discipline. Il faut surtout pas que l’on perde ça, et les pilotes de ma génération doit faire perdurer cet état d’esprit. Je sais que cette année, à Saint Gouëno, à Marchampt, j’aurais pu gagner des places en ne prêtant pas des pièces à mes adversaires. Mais pour moi c’est celui qui va le plus vite qui doit être devant. »
Si de nombreux pilotes n’ont pas manqué de remercier Antonin Saintmard, le jeune Belge a lui aussi de nombreuses personnes à remercier : « Avant tout je veux remercier mes parents, ma sœur Laura et mon beau-frère Nicolas. Un grand merci à Stéphane Krafft et toute son équipe, Stéphane Maréchal pour les moments partagés durant cette saison, Victor Darbellay pour ses précieux conseils et mes partenaires Fred Errard et les Assurances Errard, le Gaume Racing Club, Anthony Darand et le Garage de La Vire, Maxime Moiny, Tomy Lelan, le Team Berreur Auto Sport, Kevin Nouhen, Kevin Dauga et l’équipe LMJ. Un grand merci également à tous les pilotes et tous ceux qui sont venus nous voir sur les courses. »
Antonin Saintmard a la ferme intention de repartir mieux armé pour la saison 2026 : « A partir de la mi-saison 2025 nous avons pu avec l’aide de Stéphane Krafft peaufiner les réglages de la voiture. Nous savons à présent quels réglages conviennent sur chacune des courses et c’est un plus non négligeable », confie Antonin qui va se relancer pour un championnat complet avec sa Formule Renault : « Je devrais être au départ des douze manches du CFM, essayer de faire également un maximum de courses en Belgique, car elles se déroulent exclusivement sur la journée de dimanche. J’ai prévu de m’aligner au départ de Saint Ursanne – Les Rangiers… Ça fait déjà un beau programme », conclut Antonin qui évoluera encore cette année sur le Championnat de France de la Montagne parmi les jeunes de moins de 25 ans.
©Bruno Valette
www.ffsamontagne.org / www.cfm-challenge.com
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