A la découverte de la Supercopa MK3

Après avoir découvert le Championnat de France de la Montagne au volant d’une Porsche, Rémi Courtois poursuivait avec une Supercopa MK2 avant de passer en 2021 à la MK3. Une année d’apprentissage durant laquelle, au sein du Team Helium Racing, il a pu pleinement assouvir sa passion.

L’être humain est complexe. Certains qui laissent apparaitre une attitude des plus pondérée s’avèrent vivre intensément chaque événement. D’autres chez qui l’on perçoit aisément un tempérament fougueux abordent finalement chaque situation avec prudence et sagesse. Rémi Courtois est un parfait exemple de cette complexité… En effet, on peut légitimement se demander comment quelqu’un dont le métier consiste à faire prendre conscience aux autres des risques que représente la conduite d’un véhicule automobile, a comme passion le sport automobile. Personnage attachant s’il en est, Remi Courtois a toujours vécu 1000 passions toutes éloignées les unes des autres. Cuisinier de formation, il délaissait très rapidement les fourneaux pour vendre des voitures, avant d’intégrer cette noble institution qu’est la police, où il allait se spécialiser dans un domaine très particulier, l’accidentologie.

Le parcours sportif de Rémi Courtois est tout aussi complexe. Car s’il s’est d’abord illustré sur les terrains de football, il intégrera par la suite son équipe universitaire de ski, avant de s’essayer à de multiples arts martiaux, puis au parachutisme et enfin à la compétition automobile, sport dans lequel sont implication fut la plus grande puisqu’il est en passe d'atteindre cette année les 400 participations dont plus de 250 rallyes à son actif. Depuis 2014, c’est sur le Championnat de France de la Montagne qu’il assouvit son appétence pour le pilotage. Tout d’abord avec une Porsche 996 GT3 qu’il conservera quatre ans, avant de la remplacer par une Seat Léon Supercopa MK2, qui en 2021 laissera la place à une MK3.

A la découverte de la Supercopa MK3
La dernière participation de Rémi Courtois au Championnat de France de la Montagne remonte donc à 2019, une saison qu’il abordait avec sa Seat Léon Supercopa MK2. L’année 2020 sera elle consacrée à d’autres préoccupations qui l’obligeaient à mettre le sport automobile entre parenthèse : « J’avais eu l’excellente idée de créer ma propre boîte fin 2019, c’est dire si j’ai eu le nez creux », plaisante Rémi d’entrée de jeu. « Je mets en place des formations sur la conduite à risque, et je m’implique lors de forums en événementiel, et de ce fait la crise sanitaire m’a bien coupé dans mon élan, et le sport auto devenait secondaire. »

Fataliste, le Bourguignon a su parfaitement mettre à profit une période qui s’annonçait pour le moins difficile : « Cela m’a permis de prendre du recul et de faire le point sur ce que j’avais envie de faire, notamment pour ce qui était de la compétition. J’ai pour habitude de me remettre en question en permanence, mais là j’ai pu prendre plus de recul et me demander quelle serait la manière la plus judicieuse d’aborder ce qui allait être ma 37ème saison de sport automobile. »

Au volant de sa Supercopa MK2, Rémi n’est jamais parvenu à réaliser les performances auxquelles sa longue expérience lui permettait de prétendre : « Il était clair dans mon esprit que j’étais seul responsable. Que mes contre-performances étaient dues au manque de confiance que j’avais dans cette voiture. Je sais que chaque fois que je me suis retrouvé dans ce genre de situation en rallye, cela s’est soldé par ce que j’appelle un contact avec la nature », confie Rémi qui utilise cet euphémisme pour évoquer de mauvais souvenirs de sorties de routes.

Malgré tout, Rémi Courtois avait bon espoir de parvenir à cerner le comportement de sa Seat MK2, et envisageait donc de se lancer sur une nouvelle campagne en 2021 en conservant la même monture : « Mais j’ai tout de même proposé cette voiture à la vente et elle a finalement trouvé preneur. Bien évidemment, je me suis alors demandé s’il fallait que je retrouve une auto du même acabit, ou revenir sur une voiture moins sophistiquée, ou plus proche de la série comme l’était la Porsche. »

Finalement, Francis Dosières changeant de catégorie pour se tourner vers une Alpine A110 GT4, la Seat Léon Supercopa MK3 avec laquelle il évoluait était disponible : « Cette voiture appartenait à Michel Courroye, et alors qu’initialement je ne pensais absolument pas acquérir une MK3, je me suis laissé convaincre parce que je trouvais le challenge intéressant à relever. » S’il changeait de voiture, Rémi changeait également son approche de la course puisque pour la première fois de sa longue carrière, il n’allait plus courir seul, mais intégrait une équipe, le Helium Racing : « C’est la meilleure décision que j’ai prise… C’est vraiment fabuleux parce que c’est exactement ce que je recherchais. Une structure professionnelle, mais qui reste à taille humaine et qui prend en charge aussi bien ma voiture que l’intendance. Avec Steeve Gérard le feeling est immédiatement passé, et il m’a proposé réellement ce que j’attendais, sous une structure qui est toujours nickel et dans laquelle n’évolue que des passionnés », précise Rémi. « Et puis, même pour un pilote d’expérience comme moi, les conseils avisés de Steeve et le travail que l’on a pu faire avec les caméras embarquées est tout simplement phénoménal. »

C’est sur le circuit de l’Anneau du Rhin que Rémi Courtois aura pour la première fois l’occasion de tester sa Seat Léon Supercopa MK3 : « Cela m’a permis de m’apercevoir que l’on changeait radicalement d’univers entre la MK2 et la MK3. On ne peut pas parler d’évolution entre les deux modèles mais de voitures totalement différentes. Mais il est clair que je me suis senti immédiatement à mon aise au volant, chose que je n’ai jamais ressenti avec la MK2. J’ai immédiatement cerné qu’avec la MK3 il ne fallait surtout pas se battre avec la voiture, mais bien comprendre un mode d’emploi et savoir l’appliquer. »

Apprendre et progresser
C’est avec l’envie d’engranger des kilomètres que Rémi Courtois se présentait au départ de cette saison 2021 : « C’était là mon seul objectif, rouler pour comprendre, accumuler des conseils et de l’expérience, et progresser. Je n’avais pas la prétention d’aller chercher un résultat », confie le Bourguignon.

C’est sur le tracé humide de La Pommeraye que Rémi Courtois allait découvrir le comportement de sa Supercopa MK3 : « Ce qui est loin d’être idéal pour cerner le maniement d’une traction aussi puissante. De plus, j’étais en phase d’apprentissage et je n’avais pas voulu opter pour des pneus neufs qui, à mon sens, à ce stade ne m’auraient pas apporté grand-chose », explique le Bourguignon qui allait connaitre un problème inattendu : « Notre tableau de bord annonçait que je disposais de 25 litres de carburant, largement suffisant pour une ascension. Mais en réalité le réservoir était presque à sec, et je me suis retrouvé au ralenti sur le tracé. Le temps de comprendre qu’il fallait que je me gare, ça devenait compliqué car à La Pommeraye, entre les rails, les possibilités de se garer ne sont pas courantes. Je me suis donc serré le plus possible pour éviter qu’Abel (Sahoui) ne soit gêné où vienne me percuter. Mais disons que je me satisfais d’un week-end où j’ai progressé en signant des premiers chronos en 1’27’’ et en terminant en 1’16’’. Ca reste modeste, mais c’est rassurant. »

La mise en jambe à La Pommeraye faisait prendre conscience à Rémi qu’il disposait avec sa Supercopa MK3 d’un potentiel énorme. Pour autant, le pilote de l’Yonne n’allait pas griller les étapes et poursuivra sa saison en progressant pas à pas. A Vuillafans, il améliorait à nouveaux ses chronos pour terminer troisième de sa classe derrière Geoffroy Bouhin et Abel Sahoui qui le devance de seulement 343 millièmes : « Ce tracé, tant redouté par de nombreux pilotes, est typé rallye de par sa configuration étroite et rapide, et là les sensations sont immédiatement revenues. C’est la première fois que je chaussais des gommes neuves et j’ai compris qu’avec ce genre d’auto, il faut disposer de pneus neufs. C’est plutôt enthousiasmant de me rapprocher d’Abel qui se présentait pour moi comme ’’le lièvre’’ à suivre cette saison. »

La Course de Côte de Dunières allait s’avérer plus compliquée, non seulement parce que la météo du début de week-end n’aidait pas à se mettre en confiance, mais également parce que Rémi allait connaitre une petite alerte en débutant les essais : « L’épreuve débute par un droite rapide qui précède un autre virage qui nécessite un freinage, et je ne sais pas ce que j’ai fait mais j’ai perdu la voiture. Elle est partie en glisse, et même en visionnant la caméra embarquée par la suite, je ne suis pas parvenu à comprendre ce qu’il s’était passé... Et c’est tout ce que je déteste », confie Rémi. « Quand je commets une erreur, je sais comment la rectifier, mais quand j’ai un doute sur la tenue de route de la voiture, j’ai tendance à ne pas tenter le diable. De ce fait je n’ai jamais vraiment poussé. »

La saison de Rémi Courtois se poursuivait au Mont-Dore, sur un tracé qu’il affectionne : « J’aime beaucoup, mais ce n’est pas pour autant que j’y connais la réussite », lâche-t-il dans un large sourire. « La météo était changeante mais le plus compliquée venait du fait que la route ne montait pas en température et que les pneus ne donnaient pas leur plein rendement. Finalement, c’est un peu le problème du début de saison, sur le ’’gras-mouillé’’, ce moment où tu délaisses les slicks pour mettre des mixtes ou des pneus pluie. Ceux qui ont osé les slicks ont apparemment eu raison, mais je n’en suis pas au stade où je prends le risque d’endommager ma voiture sur un pari risqué », analyse Rémi. « Mais l’avantage du Mont-Dore, c’est la longueur du tracé qui nous a permis de bien bosser. L’idée était de monter en 3’00, ce que je suis parvenu à faire et ce qui est ma meilleure performance sur cette épreuve. »

Ses participations de début de saison permettaient à Rémi Courtois de faire un premier constat, et de certainement comprendre que sa Supercopa dispose de réglages qui ne sont peut-être pas les mieux adaptés à son pilotage : « Clairement, je pense que le set-up est idéal pour un pilote de pointe tel que l’est Francis (Dosières), mais pour un mec comme moi, je ne suis pas sûr que des réglages aussi pointus me conviennent parfaitement. Il va falloir que je travaille là-dessus durant l’intersaison. »

Le week-end de Chamrousse débutait par un fait anecdotique dont Rémi Courtois se serait bien passé : « C’était ma toute première participation sur cette épreuve. Je découvrais et sur la première montée d’essais je me rends au départ confiant. Au moment de me préparer à m’élancer, je jette un œil dans mon bac à casque, où se trouve effectivement mon casque et ma cagoule, mais pas mon Hans ! Je l’avais oublié, ce qui ne m’étais jamais arrivé », confie Rémi. « Finalement, après m’être fait copieusement chambrer, j’ai pu remonter la côte, mais évidemment pas en course, mais en bénéficiant d’une montée de reconnaissance supplémentaire. » Une anecdote qui vaudra à Rémi d’être affublé par son équipe d’un nouveau surnom, celui de Hans ! « Mais pour le reste j’ai connu un week-end sensationnel, sur un tracé fabuleux, sur lequel j’ai encore une énorme marge de progression. »

La saison de Rémi Courtois se terminait en Alsace, sur la Course de Côte de Turckheim où plusieurs sorties de route viendront perturber le week-end. Rémi, qui en 2016 s’élançait sur la Course de Côte de Bagnols-Sabran juste derrière Steeve Cabelo, a été profondément marqué par le tragique accident du pilote de la Mitsubishi : « C’est pour moi une sorte de disjoncteur, et dès que l’on est confronté à une succession de sorties, je me mets en ’’mode sécurité’’ », explique-t-il. « Je m’étais juste fixé un chrono à atteindre, mais vu la tournure des événements, j’ai préféré terminer sans chercher à réaliser des prouesses. »

Une saison riche en apprentissage
Pour de multiples raisons, Rémi Courtois tire un bilan positif de sa saison 2021. D’une part parce qu’elle lui aura permis de prendre du plaisir derrière le volant de sa Seat Léon Supercopa MK3, mais également parce qu’il a pu travailler dans la bonne direction pour la suite : « Durant cette saison j’ai compris énormément de choses, même si je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre. J’ai vécu de grands moments au sein d’une équipe qui m’a permis de ne m’occuper de rien si ce n’est de rouler. C’est pour moi phénoménal de pouvoir avoir une approche de la course aussi confortable, de reconnaitre les tracés avec d’autres pilotes : Baptiste (Tognet-Bruchet), Jean-Jacques (Louvet), et bien évidemment Steeve (Gérard). J’ai vraiment vécu une saison dans des conditions optimales. »

Dans la logique des choses, les premiers remerciements de Rémi Courtois vont vers le Team Helium Racing : « Un immense merci à tous les membres de l’équipe qui sont de vrais passionnés, qui vont souvent au-delà de ce que l’on peut attendre d’eux. Merci à Flavie mon épouse, à mes enfants Nicolas, Théo, Marion et la petite Lilou qui a fait savoir son mécontentement lorsqu’elle s’est aperçu que certains stickers n’étaient pas collés droit sur la voiture », plaisante Rémi. « Je n’oublie pas la partie logistique du Team Helium car si les voitures sont très bien entretenues, les pilotes sont aussi bien traités avec des repas toujours excellents, un accueil et une convivialité qui fait énormément plaisir. Et je profite de l’occasion pour faire un clin d’œil à ma société, AT’ Risk, qui a comme leitmotiv de proposer des à entreprises essentiellement, mais également à des lycées, de la formation sur les conduites à risques. Mes remerciements vont également vers tous les commissaires qui passent leurs journées sur le bord des routes, les organisateurs qui font un excellent boulot sur les épreuves et sur le championnat, Gilles Huntzinger et ses acolytes vidéastes ainsi que l’ensemble des photographes. »

Pour cette saison 2022, Rémi Courtois devrait retrouver le Helium Racing et sa Seat Léon Supercopa : « L’auto va juste changer de couleur parce que j’ai envi de personnaliser la déco. Je vais prendre part à une bonne séance d’essais afin de préparer tout ça au mieux, et pour ce qui est du programme sportif je vais attaquer par Bagnols-Sabran et le Col Saint-Pierre, et pour la suite je ne pourrai pas être partout mais je vais essayer de faire un Open assez conséquent » explique Rémi qui veut poursuivre sa progression : « Je n’ai pas la prétention d’aller perturber la quête de victoires de pilotes bien plus impliqués que moi. Je me satisfais pleinement de me retrouver dans leur sillage, si je parviens à réduire un peu plus l’écart, l’objectif sera atteint », conclut-il.

 

Propos recueillis par Bruno Valette ©

 

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